Ne sombrons pas dans la vulgarité
Samedi 7 janvier dernier, une grande chaîne de télévision française, populaire à tendance vulgaire, a diffusé une émission de variété : Sosie or not Sosie ?
Pour faire simple il s'agit d'une énième variante de caméra cachée. Ici le principe est de faire participer une personnalité médiatique à un-non événement censé divertir des cerveaux disponibles. Le VIP qui a participé à cette mascarade était Michel Leeb.
Donc en ce début d'année l'idée géniale des scénaristes consistait à simuler le vol d'un avion en détresse.
Dès lors se pose la question : les avions ne servent-il donc qu'à faire peur ? En effet lors des journaux télévisés, si l'actualité politique n'est pas assez humidifiante pour le soubassement des présentatrices platinées (je leur dénie le titre de journalistes ; animatrices ou vendeuses me semble plus réaliste), on sauve le créneau horaire en rapportant un accident d'avion, d'ULM, entretenant la confusion entre les genres par méconnaissance du sujet et par fainéantise intellectuelle... bref du trash, du crash, qu'importe pourvu qu'on émoustille le téléspectateur.
Ceci en occultant que notre activité est de loin moins risquée que les loisirs de montagne (bien sûr, un aéroplane qui se pose dans un champ reste toujours plus racoleur qu'un randonneur qui tombe dans une crevasse).
Donc quand l'actualité ne suffit pas à s'horrifier de terribles crashs aériens, quand d'énervés sauveurs de planète monopolisent les JT, on invente des fictions mettant en scène la dangerosité de l'aviation de loisir.
Sous couvert d'avidité, les plus bas instincts vont à la rencontre des peurs primales tombant dans une vulgarité qui reflète le niveau de la chaîne en question...
Avons-nous besoin d'une telle publicité ? Je n'en suis pas sûr...
Pour revenir à notre émission, un pilote débutant était censé faire sa demande en mariage lors d'un vol en duo avec sa fiancée. Passons sur les absurdités de rigueur quand on veut amplifier la théâtralité sans se soucier du réalisme. Bien sûr le jeune homme qui n'a jamais vu un cockpit de sa vie a été remplacé par un pilote expérimenté. Lui est resté au sol avec un émetteur-récepteur radio. La victime du canular a ainsi pu s'épouvanter de voir sa soeur et son hypothétique beau-frère tenter vainement d'atterrir mettant l'avion dans des postures scabreuses.
Qu'une chaîne grand public diffuse de tels programmes, cela n'a rien d'étonnant. Ce qui paraît plus surprenant, c'est qu'une structure aéronautique se prête à une telle exhibition. Dans le cas présent, un club que nous ne citerons pas a participé au tournage. Pour quel résultat ? La location d'un avion pendant une demi-heure... Maigre bénéfice. Un gain de notoriété ? Raté ! À aucun moment l'enseigne de la structure n'apparaît à l'écran. Une bonne partie de rigolade ? Je le crains.
Je jette aujourd'hui l'opprobre sur ceux qui ont rendu possible cette émission niaise. Je ne pense pas qu'ils aient mesuré à quel point cette ''blague'' nous est à tous préjudiciable. Et j'invite, non, je prie les directeurs de structure, présidents de clubs, chefs-pilotes qui désirent se tirer une balle dans le pied, à ne pas nous en tirer une dans le dos ! Notre devoir à tous et de positiver les loisirs aériens. Il est contre-productif et particulièrement risqué de flirter avec les démons qui veulent nous utiliser, sans considération pour notre image ou pour les conséquences néfastes que cela entraîne.
Il existe toutefois de magnifiques émissions qui mettent l'aéronautique légère en valeur (Ushuaia, Echappées belles...). Rendons à leurs initiateurs l'hommage qu'ils méritent et laissons les autres dans leur médiocrité.
Bons vols
Miguel Horville.