Edito
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.....Edito décembre 2012 ............ mise à jour 25/12/2012

Problèmes d'entoilage X-Air : lumière en vue

La mise en ligne de cet article a provoqué un effet inattendu mais très positif : les langues se délient, ce qui va lever immanquablement le voile sur la vérité dans le problème de délaminage des entoilages que connaissent les ULM Hanuman ''option Mylar'' (traduisez Trilam).

En octobre 2012, l'importateur d'ULM Randkar diffuse aux médias un document illustré expliquant la nécessité de vérifier régulièrement les voilures, l'état et la résistance du textile, l'intégrité des coutures...

Bien qu'elle soit inhabituelle, l'initiative est jugée excellente. D'ailleurs la presse, à commencer par ULMaG, relaye cette information qui, de plus, n'est pas auto-centrée sur X-Air. A l'intérêt s'ajoute donc l'altruisme...

Début novembre, nous apprenons qu'un ou plusieurs ULM récents de type Hanuman montreraient des signes de vieillissement prématurés au niveau de l'entoilage, pouvant conduire à la destruction en vol.

Le porteur de l'inquiétante nouvelle est un professionnel : Gérard Landri, gérant historique de Aero-Multi-Services. Il relate deux problèmes graves survenus sur des Hanuman (modèles postérieurs à 2010, avec winglets et entoilage optionnel Mylar).

Un instructeur a vu l'aile gauche de son Hanuman (16 mois et 900 heures) se déchirer sur les deux tiers de l'extrados lors d'un vol d'initiation. L'équipage ne doit sa survie qu'aux qualités de pilote de cet instructeur qui témoigne par courrier de l'incident, et à la puissance du moteur qui a compensé le manque de portance.

L'incident a été constaté par la BGTA de Montpellier.

Parallèlement, un appareil similaire (24 mois et 620 heures) a été immobilisé, son entoilage étant à la limite de la rupture.

Courant décembre, il semble que ces faits ne soient plus isolés.

Les ULM de Aero-Multi-Services sont utilisés en école et pour le remorquage des banderoles, dans la région de Béziers, très ensoleillée. Les appareils sont rentrés au hangar quand ils ne servent pas. Couverts de panneaux solaires, les hangars occultent totalement les rayons solaires et lunaires.

Sachant de plus que Gérard Landri anime l'une des plus vieilles bases ULM de France ; qu'il a déjà utilisé sans problème des dizaines d'ULM entoilés (dont des Hanuman qui totalisent pour certains jusqu'à 5 saisons et près de 2000 heures) et qu'il n'a pas révolutionné ses habitudes de travail, on est en droit de penser a un problème de production, tablant sur le fait que les appareils incriminés n'ont pas subi de surexposition ''anormale'' aux UV.

Deux échantillons d'entoilage ont été envoyés à la rédaction de ULMaG. Aucun test scientifique n'a été pratiqué ; une simple pression avec le pouce sur un morceau tendu entre les mains a suffi à déchirer le textile. Effarant.

Le problème réside dans le fait que sans test, rien ne permet de voir que le tissu est pourri. Il est brillant et d'un bel aspect.

Lors de mon enquête, l'importateur -RandKar- infirme l'hypothèse d'un changement de la qualité des entoilages fournis avec les derniers kits Hanuman. Il se retranche derrière le calendrier d'inspection des voilures du manuel d'entretien et précise qu'il n'y a aucun engagement de durée de vie sur un entoilage, qu'il convient de remplacer quand la résistance diminue. Enfin il ajoute qu'un entoilage anti-UV pourrait être proposé prochainement pour éviter que les utilisateurs peu soucieux des inspections ne rencontrent de problèmes.

C'est ici que les affaires se corsent.

Au vu des échantillons compromettants, le représentant français de Dimension-Polyant qui fournit le matériau d'entoilage au constructeur indien Raj Hamsa, avance que ce produit ne serait pas l'original. La firme allemande refuse toutefois toute confirmation écrite, attendant que lui soient communiqués les numéros de série des lots. Le fournisseur de textiles laisse entendre que le volume de commandes de l'avionneur indien a notablement baissé ; que des produits de second choix ont pu être utilisés ; qu'il y a de fortes probabilités que les textiles Dimension-Polyant soient copiés pour réduire les coûts.

L'absence de réaction de la firme indienne, m'a en premier lieu conduit à conclure que tout n'était pas clair de son côté. Mais tout n'est pas si simple. Par un courrier reçu le 24 décembre dernier, il semble qu'elle n'ait pas été informée par son représentant en France de l'enquête qui se menait.

Enquête qui a conduit à prendre l'avis des constructeurs (français) d'ULM recourant à des entoilages ''souples''. Surprise, incrédulité, consternation... Une constante demeure, cette affaire va faire du mal à tout le monde, la clientèle pouvant, par amalgame, être sujette à des réactions de méfiance.

- Le responsable de Air-Création, Jean-Luc Tilloy, affirme qu'il n'a procédé a aucun remplacement de voile pour ce type de vieillissement depuis 1993, date à laquelle un textile spécialement créé à sa demande et pourvu d'un traitement ''UV-Stop'' a été mis au point par le fabricant de tissus.

- Chez DTA qui se fournit auprès de la société Ellipse (même tisserand), on cite le cas atypique d'une aile restée 7 ans dehors sans protection ; elle a dû être changée, notamment car les fils de coutures étaient pourris. Le constructeur constate une durée de vie du tissu supérieure à 10 ou 12 ans en usage courant.

- Pour les ULM de la marque Best Off, Philippe Prévot utilise un autre type de textile (partagé par un très sérieux avionneur allemand). Il n'a jamais rencontré de problème de vieillissement, mais garde jalousement secrètes les caractéristiques de son tissu d'entoilage. Philippe rappelle toutefois les qualités des matériaux traditionnels thermo-rétractables (Diatex ou Polyfiber...) ou les toiles Dacron polyester classique quasi inaltérables s'ils sont vernis ou peints anti-UV.

Dimension-Polyant, comme ses concurrents, est initialement un fabricant de textiles pour voiles marines et n'a pas vocation à produire des matériaux pour l'aéronautique, bien que la faisabilité soit possible à partir du moment où les acteurs sont informées des conditions d'utilisation. Cette firme propose deux qualités de textiles : le premier choix qui répond aux critères définis par le cahier des charges, et le second choix qui ne peut servir qu'à réaliser des renforts, des patchs de réparation, ou des éléments décoratifs.

Voilà pour le factuel

Aujourd'hui, les possesseurs d'Hanuman récents ont des raisons d'être inquiets. Doivent-ils continuer à voler avec leur machine ? Les toiles risquent-elles de se déchirer en vol ?

Cette inquiétante affaire m'en rappelle une autre, similaire et tout aussi problématique : celle des moteurs Jabiru. Et pareillement, l'importateur se retrouve coincé entre un constructeur et des clients qui, à juste titre, entendent profiter de leur aéronef sans payer une illogique remise à niveau.

Victime aussi

Dans le cas de Randkar, c'est une double peine ; car ayant eu à souffrir des moteurs Jabiru (historiquement montés sur Hanuman), il se trouve de nouveau confronté à un problème technique dont il n'est pas responsable.

Alors évidemment, acculé par une vérité qui va inexorablement lui retomber dessus, il communique avec les moyens qui lui paraissent adéquats.

Mais là, je reviens sur le communiqué initial que nous trouvions intéressant et sécuritaire. Je parlais même d'altruisme... Sauf qu'associer les copains constructeurs à ses propres déboires n'est pas très fair-play. Même noyé derrière une mise en garde louable, ce message et les événements qui sont survenus jettent le discrédit sur tous les entoilages souples. Or les autres marques ne sont a priori pas concernées par ce problème. Elles ont travaillé durement à l'obtention de produits de qualité et ne méritent pas d'être amalgamées aux soucis ''passagers'' que rencontre la marque indienne.

La question se pose donc : si on accepte le principe de devoir tester l'entoilage toutes les 300 heures, ou tous les ans pour s'assurer de son intégrité, peut-on accepter de devoir changer des toiles prématurément hors service, et d'en supporter la charge financière ?

Peut-on se satisfaire qu'un ULM de réputation économique, devienne inaccessible à entretenir ?

Bref, faut pas prendre les enfant d'Eole pour des pigeons sauvages... Ni pour des oies.

Ensuite, dans l'hypothèse d'un remplacement d'entoilage, un client qui aurait des doutes quant à la qualité des produits indiens peut-il faire fabriquer des voilures par un autre professionnel, dans des tissus dûment authentifiés ? Et dans ce cas, quid de la responsabilité de ce pro' en cas d'accident ?

A cet instant, la position de l'usine indienne est que l'option ''Mylar'' (ou Trilam) n'est pas la meilleure pour assurer une bonne tenue aux UV, citant le cas du distributeur Sud-africain qui utilise avec succès le Dacron 210, moins lisse d'aspect, mais beaucoup plus résistant.

Le fournisseur des toiles Dimension-Polyant ayant reçu les numéros de lots par l'intermédiaire de votre magazine ULMaG, s'est engagé à procéder dès que possible à une analyse comparative afin de clarifier la situation en terme d'origine des toiles incriminées ; sans préjuger de ses conclusions, toute la clé de cette affaire tient dans cette analyse que nous souhaitons exempte de toute subornation.

En cas de doute, les échantillons conservés en Inde par Raj Hamsa seront les dernières ''preuves'' disponibles.

Déjà la communication de Joël Koechlin (Manager de X-Air en Inde) apporte un démenti aux premières suspicions que nous envisagions : l'usine se préoccupe de ses clients. Elle apporte également un premier élément de réponse aux clients inquiets : l'option ''Mylar - Polyant 180 Profile LL'' (Trilam) vendue 900 euros serait à éviter. Il conviendrait de lui préférer le Dacron 210 ''ordinaire'', moins brillant, moins valorisant, plus lourd et peut-être générateur d'un peu plus de traînée.

Je ne doute pas un instant que toute la lumière se fasse rapidement sur cette affaire. A la demande d'un utilisateur dépourvu, ULMaG aura alors servi à trouver des solutions et peut-être à sauver l'image d'une marque que ces incidents condamnaient à terme à l'isolement.


Bons vols, bonnes fêtes et bonne année
Miguel Horville

Concerné en premier lieu par ce problème et disposant d'un atelier de couture professionnel, Gérard Landri propose aux clients également affectés de confectionner des voiles de remplacement à tous possesseurs de toile Mylar (06 11 29 43 43).


Anciens éditos


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